
Pendant cette 16ème Université Sportive d'Eté, nous étudierons quelques lieux de tensions internes au sport. Tensions plus ou moins reconnues, mais qui induisent des conflits de plus en plus vifs et dramatiques.
Nous en avons retenu quatre. Le premier concerne l'image du champion. Qu'on se rappelle l'extraordinaire enthousiasme qui a accompagné la finale de la Coupe du Monde de football. Mais qu'on se souvienne aussi du Tour de France, et de la désolante image du champion qu'il a offerte. Tous compromis ? Mais alors jusqu'à quand pourra rester crédible le discours sur les valeurs du sport ?
Certains devant cette situation, se prennent à rêver d'un sport "bio". Faut-il en effet imaginer un sport qui se sépare en deux, avec d'un côté les gladiateurs, champions dopés et jetables, et de l'autre un sport santé, pratiqué par le grand nombre ? Ou faut-il au contraire essayer, comme on tente de le faire aujourd'hui, d'aller vers un sport qui définisse les limites à ne pas franchir ? Mais alors comment les faire respecter ?
Le troisième thème concerne les OPA sur le sport. Ces offres publiques d'achat finissent par conduire à des dérives explosives. Tout le monde a encore à l'esprit la crise récente née de la volonté d'organiser, au niveau de l'UEFA, une "super - coupe d'Europe" de football. Le divorce entre un sport de "riches" et un sport de "pauvres" a été empêché de justesse. Mais l'éclatement pourra-t-il être évité longtemps ?
Enfin la question de la formation : à quel avenir en effet préparer les jeunes que nous prétendons former à un métier du sport à partir du moment où l'avenir du sport apparaît aussi incertain ?
L'introduction de la dimension européenne dans ces conflits risque d'activer ces phénomènes. Mais c'est aussi une chance à saisir. Dans cet espace élargi, la réflexion commune pourrait être susceptible de nous apporter des réponses que jusqu'alors les nombrilismes nationaux empêchaient de voir ou d'adopter.
Nous nous proposons donc d'éclairer ces zones de tension à la lumière de l'Europe de demain, afin d'aider à préparer le passage, et de contribuer à ce qu'il puisse se faire non dans l'anarchie, mais avec des projets qui sauvegardent les valeurs humanistes du sport que nous défendons.
Jean Paul Schneider
Professeur à l'Université de Strasbourg
Vice Président de l'UNCU
jpschnei@ushs.u-strasbg.fr